Le Confessions Tour affiche complet partout où il passe : la chanteuse est indétrônable.
AMSTERDAM C'est, à nos yeux, le concert de l'année. Les Britney Spears, Christina Aguilera et autre bimbos du genre ont certes du talent mais n'arrivent pas à la cheville de leur modèle. Les années passent mais le temps ne semble avoir aucune prise sur Madonna, puisque c'est d'elle qu'il s'agit. Elle l'a encore prouvé dimanche soir, lors d'un concert exceptionnel à l'Arena d'Amsterdam.
C'est sur le coup de 21 h 20 que la chanteuse la plus sulfureuse de ces 20 dernières années est apparue. Sortie tout droit d'une boule disco descendue du plafond et annonçant la couleur du show, cravache à la main, elle n'a pas failli, deux heures durant, à sa réputation. Chaque mouvement, chaque souffle semble avoir été travaillé et travaillé encore, les écrans géants ont un rôle prépondérant et nous en mettent plein la vue : techniquement, ce Confessions Tour est parfait. Les danseurs qui entourent Madonna sont de véritables artistes de cirque : ils enchaînent les figures, jouent aux équilibristes, enfilent leurs patins à roulettes. Madonna est déchaînée, doucement aguichante sur Like a Virgin, complètement provocante lorsque, sur Let it will be, elle glisse une main dans son pantalon d'un air entendu.
Par ailleurs, elle dispensera aussi ses fameux messages à connotation religieuse et/ou politique. C'est crucifiée qu'elle livrera Live to tell. Le tableau interpelle, Madonna profite de la ferveur pour rappeler, images à l'appui, que 12 millions d'enfants sont orphelins du sida, que 20 millions le seront en 2010, et pour glisser, après quelques phrases de l'Évangile selon Saint-Mathieu ("J'avais faim et vous m'avez donné à manger..."), l'adresse internet de la Fondation caritative de Bill Clinton.
Le message est clair mais elle rajoute une couche, plus tard, après Sorry, musicalement festif mais résolument engagé : sur l'écran défilent les visages d'Hitler, de Staline, de Le Pen, et finalement George Bush. "Ne dites pas que vous êtes désolés", scande-t-elle devant les 50.000 personnes.
Elle enchaîne sans transition ou si peu avec un I love New York rock'n'roll, engoncée dans une veste en cuir noir, guitare électrique à la main. Elle interpelle un fan au premier rang. "Eh toi, je t'ai déjà vu avant !" Le mec auquel elle parle s'excite, lui hurle que c'est la 11e fois qu'il vient voir le show. Et la salle de tendre ses drapeaux. Les gens viennent de Moscou, de France, d'Italie, d'Argentine, de Belgique... En choeur, ce public métissé répète, avec dévotion après elle : "We want peace, no more war, fuck George Bush, we are one". Elle clôture par un "N'oubliez pas ça" et se pose pour le seul moment de calme du concert avec Subsitute for love.
La suite ? Une véritable disco fever. Après un énième changement de tenue (cette fois, en costume blanc, ensuite, une combinaison blanche hypermoulante traversée de bandes mauves pailletées), on eut droit à une fièvre du... dimanche soir digne de ce nom. Au programme : Music et un remix disco de La isla bonita. Enfin, drapée dans une cape de Dancing Queen, Madonna a clôturé son spectacle dans une liesse indescriptible avec l'attendu Hung Up, la scène inondée de ballons dorés tombant du plafond. Au final, on est ressorti de la salle avec une gnak pas possible en disant que Madonna est vraiment indétrônable. À 48 ans, elle est loin d'être passée de mode : elle ne saurait l'être puisqu'elle s'adapte à tout ! Quel talent !
Déborah Laurent © La Dernière Heure - 2006